lundi 9 novembre 2015
jeudi 17 septembre 2015
Quelques haïkus
L'enfant fait des bulles
Le vent souffle vers le sud
Demain le soleil
Le vent souffle vers le sud
Demain le soleil
***
J'aimerai le feu
Et ses bruits et son odeur
Dehors, il pleuvra
***
La terre sous mes pas
Mes souvenirs comme bagage
Au loin l'horizon
***
Matin de soleil
Perdu dans les saisons froides
C'est lui qu'il faut croire
***
Nuages qui nuagent
Vent qui vente et pluie qui pleut
Mais le vert brunit
***
Odeurs de canelle
Chocolat et grenadine
Dimanche de crêpes
***
Le pelage éteint
Gris, couleur de macadam
Un chat écrasé
***
Les traces de tes pas
L'horizon de gris en gris
Ostende sous la pluie
***
(hors série :)
Il traverse la route
Surprise, elle freine et dérape
Haïku du lapin
Il traverse la route
Surprise, elle freine et dérape
Haïku du lapin
***
vendredi 28 août 2015
lundi 11 mai 2015
Le destin est aveugle
Son handicap avait fait de Charles un homme prudent. Il savait que pour survivre aux dangers de la jungle urbaine, il lui fallait mettre toutes les chances de son côté. Il s'était ainsi fait tatouer son groupe sanguin au revers de la main. Il sentait encore les picotements en sortant de l'échoppe du tatoueur et sans doute en était-il un peu distrait car il s'engagea sur le carrefour sans prêter la moindre attention au signal.
L'automobile le faucha à la vitesse réglementaire de cinquante kilomètres à l'heure, envoyant du même coup sa canne blanche et ses lunettes noires dans la rigole. À l'arrivée de l'ambulance, Charles avait déjà perdu beaucoup de sang. Il eut cependant, avant de sombrer dans l'inconscience un éclair de satisfaction à l'idée que sa prévoyance allait sans doute lui sauver la vie. Pourtant, il mourut peu après son admission à l'hôpital faute d'une transfusion adéquate, car aucun urgentiste ne pensa à donner aux quelques points qui marquaient son poignet, le sens qu'ils avaient : AB+.
L'automobile le faucha à la vitesse réglementaire de cinquante kilomètres à l'heure, envoyant du même coup sa canne blanche et ses lunettes noires dans la rigole. À l'arrivée de l'ambulance, Charles avait déjà perdu beaucoup de sang. Il eut cependant, avant de sombrer dans l'inconscience un éclair de satisfaction à l'idée que sa prévoyance allait sans doute lui sauver la vie. Pourtant, il mourut peu après son admission à l'hôpital faute d'une transfusion adéquate, car aucun urgentiste ne pensa à donner aux quelques points qui marquaient son poignet, le sens qu'ils avaient : AB+.
mercredi 6 mai 2015
Chronique schaerbeekoise
J'étais tranquille, peinard, en train de préparer
ma soupe du soir et des jours prochains. J'avais salé-poivré et remis
le couvercle. Je pouvais retourner à d'autres occupations en attendant
la prochaine étape.
Je ne m'attendais pas à le trouver là. Il était gras, laid, bête et vulgaire comme un pigeon; c'était un pigeon. Il avait marché comme chez lui les quelques mètres qui séparent ma terrasse de mon bureau, y cherchant sans doute une inexistante pitance. Lui aussi parut surpris. Dérangé dans sa visite sans doute, il décolla prestement à la verticale et se cogna la tête au plafond, insuffisamment toutefois que pour s'assommer. Il fit une fois le tour de la pièce avant d'en trouver la sortie qui passait par la pièce adjacente. Là, il se fracassa par trois fois le bec à la partie supérieure de la porte-fenêtre avant de changer d'altitude pour enfin franchir en volant la porte par laquelle il était entré à pied. Je croyais en être débarrassé, mais non! L'abruti n'eut rien de plus pressé que de se poser sur la rambarde de ma terrasse, comme si elle appartenait à l'espace public. Exaspéré, je pris un journal qui trainait là et chassai d'un geste le grossier qui prit enfin ses ailes à son cou et se dirigea vers les toits voisins.
Grossier, oui, car il m'imposa en vérité un ultime geste : l'infâme avait marqué son passage durant sa promenade... Je hais les pigeons.
Je ne m'attendais pas à le trouver là. Il était gras, laid, bête et vulgaire comme un pigeon; c'était un pigeon. Il avait marché comme chez lui les quelques mètres qui séparent ma terrasse de mon bureau, y cherchant sans doute une inexistante pitance. Lui aussi parut surpris. Dérangé dans sa visite sans doute, il décolla prestement à la verticale et se cogna la tête au plafond, insuffisamment toutefois que pour s'assommer. Il fit une fois le tour de la pièce avant d'en trouver la sortie qui passait par la pièce adjacente. Là, il se fracassa par trois fois le bec à la partie supérieure de la porte-fenêtre avant de changer d'altitude pour enfin franchir en volant la porte par laquelle il était entré à pied. Je croyais en être débarrassé, mais non! L'abruti n'eut rien de plus pressé que de se poser sur la rambarde de ma terrasse, comme si elle appartenait à l'espace public. Exaspéré, je pris un journal qui trainait là et chassai d'un geste le grossier qui prit enfin ses ailes à son cou et se dirigea vers les toits voisins.
Grossier, oui, car il m'imposa en vérité un ultime geste : l'infâme avait marqué son passage durant sa promenade... Je hais les pigeons.
mercredi 1 avril 2015
Chronique mexicaine n°1
À mon avis, les Mexicains ne fabriquent pas
leurs robinets eux-mêmes : ils les importent de chez le grand frère honni,
los Estados Unidos. Le problème avec les Américains, c’est qu’ils exportent des
robinets à usage interne, ou en tout cas, à usage anglo-saxon. Si je vous raconte
cela, c’est que j’avais lu le commentaire d’un voyageur qui s’exaspérait de ne
pas avoir eu d’eau chaude dans l’hôtel où je transitais avant de poursuivre mon
chemin. Je m’attendais donc au pire.
Pourtant, après une attente raisonnable, l’eau chaude est
arrivée, et même suffisamment chaude pour que je doive la tempérer. Alors, me
suis-je demandé, qu’était-il arrivé au malheureux voyageur qui avait dû se
laver à l’eau froide ? Était-il anglophone ? C’est que là-bas, ce n’est
pas comme en Europe. Un Européen est habitué aux codes graphiques. Ainsi, pour la
robinetterie, l’eau chaude se signale par une pastille rouge (couleur chaude
s’il en est) et l’eau froide par une pastille bleue. Mais dans cet hôtel, point de
couleur sur les robinets, mais des lettres : C et H.
N’importe quel anglophone identifiera ces lettres comme les
initiales de Cold et Hot, tout comme d’ailleurs, le non anglophone instruit et
habitué à la prévalence de l’anglais. Mais pas le plombier mexicain qui n’a rien à
faire des anglophones, ni même des touristes instruits. Il identifie le C comme
l’initiale de Caldo, chaud, et ne se pose pas de question superflue sur la
signification du H. Il raccorde ses robinets et voilà tout.
J’ai eu un instant de compassion pour ce touriste qui avait
désespérément attendu l’eau chaude sortir d’un robinet d’eau froide. Mais un
instant seulement.
dimanche 15 mars 2015
La triste et pathétique histoire du vin qui n'avait jamais pu vieillir
Il y avait dans mon enfance un monsieur qui,
chaque année à la même période, venait visiter mon père. Il s'appelait Peuch et
représentait la maison "Peuch et Besse" qui, je le suppose, existe
encore aujourd'hui, même si Monsieur Peuch doit avoir disparu. C'était dans les
années 60 et 70. Si je me souviens bien de son accent et si je situe bien
celui-ci sur la carte de France, ce monsieur devait être Bordelais.
C’était un négociant en vins qui venait tous les
ans présenter à mon père les crus qui seraient susceptibles de l'intéresser :
blancs, rouges, bordeaux, grenats, clairets, vins à vieillir ou à consommer
jeunes... La Maison de M. Peuch s'étendait bien au-delà du Bordelais, je
suppose, puisque j'ai le souvenir de vins de la Loire, de Bourgogne et des
Côtes du Rhône. Il était rare que mon père s'en tirât à moins d'un quart de
barrique, parfois deux, auxquelles s'ajoutaient des alcools divers, du
Champagne et autres bouteilles particulières ; il faut savoir être prévoyant.
Le whisky posait moins de problèmes ; on le trouvait au magasin du coin.
Arrivait donc à Bruxelles, quelques semaines plus
tard, un camion rempli de la commande. Une fois le vin reposé, on allait
pouvoir procéder à la mise en bouteilles. Vous connaissez tous la cérémonie :
On stérilise les bouteilles et les bouchons, on amorce la pompe, et zou, ça
roule ! Glouglou, fait la pompe ; tchic-plop, fait la bouchonneuse, et voilà.
Il ne reste plus qu'à coller les étiquettes avec du lait. Ça, c'était mon boulot
: 'fallait pas que ce soit de travers. J'étais déjà obsessionnel, à cet âge-là.
Ah, oui ! J'oublie le capsulage. Je ne sais plus si c'était avant ou après les
étiquettes, et j'ai oublié le bruit que faisait la machine.
En attendant de remettre le vin à reposer dans son
nouveau contenant, et dans des caveaux dévolus à cette effet, on déposait les
bouteilles sur la table de ping-pong. Mon père l'avait construite de ses mains
de bricoleur chevronné pour ses enfants, car en dehors des périodes
d'embouteillage, cette partie de la cave était réservée à nos loisirs. Combien
de bouteilles peut-on remplir au départ d'une demi-barrique ? La question est
plutôt de savoir combien une table de ping-pong artisanale peut en supporter
sans…
... Car il y eut la bouteille de trop. Celle qui
fit chavirer l'ensemble et se briser sur le ciment une bonne partie du travail
accompli jusqu'alors. On pleura un peu, on balaya beaucoup et on nettoya à
grandes eaux. On finit par en rire, je suppose ; les réserves étaient
suffisantes jusqu'à l'année suivante. Et on garda l'anecdote pour les soirées
au coin du feu. Mais sans doute après cela, mon père, qui était un homme
organisé, s'est-il inquiété des termes de son assurance accidents…
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