Et en guise de lever de rideau...
dimanche 2 juin 2019
samedi 10 novembre 2018
Rue de la Poésie
« - En réalité… Baoum !… on ne sait jamais ce qui se passe. Baoum… On sait seulement ce qu’on veut qu’il se… Boum… qu’il se passe et… Baoum… c’est comme ça que les choses Baoum… que les choses arrivent. »
BAOUM !
« - Et celui-là, Garrel, c’est toi qui l’as voulu, peut-être ? »
« - ‘L’est pas tombé loin, hein ? »
Ce sont des hommes de Garrel qui viennent de parler entre deux explosions. Garrel, c’est l’instituteur. Il parle bien et surtout, il sait écrire. C’est pratique pour annoncer aux familles que leur fils-mari-père-frère (biffer les mentions inutiles) est « mort glorieusement en faisant son devoir de patriote ». C’est ça qui lui a valu le grade de caporal. Il s’en serait bien passé, mais on ne lui a pas trop laissé le choix. Au début, il variait les formules : « destin glorieux », « mort héroïque », « trépas valeureux », « bravoure », « souvenir immortel », « France éternelle »... Et puis, il s’était rendu compte que tous ces parents inconnus ne se rencontreraient sans doute jamais. Alors, à quoi bon se creuser la tête ? « Mort glorieusement en faisant son devoir de patriote », voilà. Il préférait garder son inspiration pour le livre qu’il était en train d’écrire. Il en lisait régulièrement des extraits à ses hommes, qui l’écoutaient avec plus ou moins d’attention. Pour la plupart d’entre eux, Garrel n’était pas un mauvais bougre quifaisait de son mieux pour que la vie de la troupe ne soit pas trop dure et ne profitait pas de son grade pour échapper aux corvées. Ils l’aimaient bien, même si certains estimaient « qu’un qui a des lunettes, c’est qu’il a pas tout ce qu’il faut ailleurs. » Et son roman, et la littérature en général, leur passait un peu au dessus de la tête. Quand il avait voulu, par exemple, leur expliquer l’expressionnisme ou le mouvement Dada, Turendot –ça n’avait pas raté— lui avait demandé si c’était une histoire de chevaux. Les autres s’inquiétaient de savoir si dans son roman, il y avait une histoire d’amour et si la demoiselle était jolie.
« - Et comment que ça s’appellera ton chef-d’œuvre ? »
« - Rue de la Poésie » avait répondu Garrel. »
La rue, c’était évidemment ce boyau de terre qui sinuait de l’ Yser aux Vosges et dans lequel ils pataugeaient depuis un an aux environs de Péronne. Chaque fois qu’il en parlait, Garrel s’exaltait. Car quand il n’écrivait pas, il lisait. Et la lecture des journaux de l’arrière le mettait en rage, où des scribouillards planqués parlaient de « la sauvage beauté des champs de bataille » ou de « fête des sens » en évoquant les charniers qui les embourbaient. À ces images d’Épinal, il voulait opposer la réalité crue de la boue et du froid, des poux et des rats, des râles d’agonie dans le no man’s land, qui vous empêchent de dormir, de la soupe tiède comme le sang qui gicle sous la mitraille. Il parlait du silence des oiseaux et du fracas des obus, il parlait de l’horreur qui n’en finissait pas. Cette poésie à deux sous des marchands de papier, qui travaillent main dans la main avec les marchands de canons, il voulait la retourner pour la leur envoyer dans la figure.
« - Si je m’en tire, je le publierai et ça ôtera à quiconque l’envie de s’engager dans cette boucherie. Sans soldats, ils seront bien obligés de trouver autre chose pour régler leurs comptes ! » Voilà ce qu’il écrivait à sa sœur, car il valait mieux ne pas exprimer trop fort ce genre d’idées dans la tranchée.
Baoum !
Ce n’est plus le moment de penser à écrire. Garrel et ses hommes attendent l’assaut qui suivra immanquablement cette interminable préparation d’artillerie. 24 heures qu’ils sont aux aguets sous le déluge de ferraille que leur impose l’ennemi. Dans l’épaisse fumée grise, on ne distingue plus si la lumière qui perce émane du soleil ou de la lune. Ils attendent. Soudain, une consigne: « Tenez-vous prêts. À la première accalmie, c’est nous qui sortirons du trou. Ça leur fera une drôle de surprise, aux Boches ! » Certains s’enthousiasment ; après tout mieux vaut peut-être affronter la mort en face. Garrel ne se fait pas trop d'illusions sur l'efficacité de la stratégie inventée en haut lieu. Et puis vient l’ordre, un coup de sifflet, et les homme s’élancent. Ils ne font pas cinquante mètres, fauchés par les mitrailleuses d’en face et les shrapnels. Cris de guerre, explosions,balles qui fusent, cris de douleur et de terreur.... Ça dure. Dix minute ? Une demi-heure ? Une éternité avant qu’on ne sonne la retraite.
***
Le colonel : « - Combien d’hommes dans votre brigade ? »
« - Quarante-cinq » répond le capitaine « dont le caporal Garrel. »
« Ah, et bien, en attendant de retrouver quelqu’un qui reprendra ses fonctions, vous veillerez à ce que celles-ci soient correctement effectuées. »
Le capitaine opine, salue et s’en va.
La semaine suivante, Mademoiselle Marguerite Garrel recevait un courrier l’informant que son frère bien aimé était « mort glorieusement en faisant son devoir de patriote. »
vendredi 18 août 2017
L'Année du Robot
Prélude à l'année académique en scépulture, inspiré par le savant fou du "Manitoba ne répond plus", par le robot "Asimo" développé par Honda, et par Franquin, j'ai bricolé vite fait cette maquette.
Le vrai robot devrait être trois fois plus grand, soit 120 cm.
Il sera sûrement sonore et lumineux,
mais j'ignore encore tout de ses autres performances.
J'aimerais qu'il puisse au minimum bouger la tête et les épaules.
Ci-dessus, il s'éclaire encore à la bougie.
Marcher, peut-être ?...
J'aime particulièrement cette dernière photo :-)
Mais il est encore plus crédible avec des outils et des boucles d'oreille.
Une vision allégorique de la transmission de la Vie au Robot (très malhonnêtement volée à Hergé)
En réalité, ce sera beaucoup plus fastidieux.
La situation au 17 septembre:
En octobre, ça progressait encore :
Et puis du jour au lendemain, plus un mot, plus un geste.
J'ai eu beau le caresser dans le sens des connexions,
le débrancher et le rebrancher,
augmenter son voltage,
rien n'y faisait.
Son gentil ramage
et son regard de biche
éteints à tout jamais.
Alors j'ai définitivement tourné la page:
Au moins jusqu'à l'année prochaine...
samedi 8 juillet 2017
Nuit blanche
Il me guette depuis le début de la nuit. Je n’en ai pas fermé l’œil. À chaque fois que je l’entends s’approcher, je me redresse en sursaut. Aux aguets, je retiens mon souffle pour mieux entendre, mais rien : il a déjà disparu dans les ténèbres. Je me recouche alors, hésitant entre l’abandon et la lutte. Tentant de recouvrer grâce à l’horizontale, un peu de repos, mais la honte se fait jour : vais-je vraiment passer la nuit en victime consentante ? Déjà cinq heures sonnent au clocher du village. Je ne peux m’y résoudre, mais quoi ? Un ennemi invisible qui...
Invisible ? Mais cela ne tient qu’à moi qu’il ne le fût plus ! Il y a, dans le couloir, une petite commode contenant bougies et allumettes. Je me dresse au bord du lit et crânement fais le voyage dans la pénombre. De retour dans ma chambre, je fais fondre la base du petit bout de chandelle et le colle au fond de la soucoupe qui repose sur ma table de nuit. Qu’il vienne maintenant, le monstre !
Fière de moi, j’observe mon royaume reconquis. Il me reste une heure de sommeil. À moi les doux rêves ! Soudain, sur le mur de plâtre blanc, à la lumière falote de la bougie, une tache inconnue, une ombre. J’approche la bougie, pas trop près. C’est lui ; immobile, à l’affut, qui attend son heure. Ah, mais non, cette fois-ci, je te vois ! C’est mon tour. Tu vas payer ! Je vide mon verre d’eau. Dans le tiroir de ma table de nuit, je trouve un papier. Je m’approche tout en me dégageant de la lumière de la bougie. Il faut que je le voie bien, je n’ai pas le droit à l’erreur. Mon verre dans la main droite, je m’approche. Trente centimètres du mur, vingt, quinze... Il est juste au dessus du monstre.
Clac ! Le verre vient de s’abattre contre le mur. Je glisse ma feuille entre les deux et je ramène mon prisonnier vers mon lit. À la lumière de la bougie, je savoure ma victoire, mais ma vengeance ne saurait se résumer à la réclusion : seule la mort pourrait me compenser de mes tourments. Oui, la mort. En Enfer. Je reprends mon verre et je l’approche de la flamme. « Regarde, petit monstre, regarde ta peine. Tu vas connaître la vengeance de Marjolaine. » J’aime à penser qu’il s’affole. Je retourne le verre, papier vers le bas que je ne tiens que par un coin, et je le place à la verticale de la flamme. Je vois le papier brunir et je vois la bête se tordre. J’imagine la chaleur, j’imagine la douleur. Un dernier spasme et il tombe sur le papier qui s’enflamme presque. Il est mort. J’en éprouve un plaisir intense : « Bien fait pour toi, sale moustique ! » J’ai presque envie qu’il y en ait d’autres...
Je vais pour, enfin, me coucher et dormir, mais Maman m’appelle :
« — Marjo, c’est l’heure de l’école !
— Oh non, M’man, je suis fatiguée.
— Fatiguée ? Tu as eu toute la nuit pour dormir. Allez, debout ! Ne fais pas ta mijaurée. »
Je sors de ma chambre. La maison est baignée de lumière. Vivement ce soir !
jeudi 22 juin 2017
samedi 10 juin 2017
Nel dans tous ses états
dimanche 4 juin 2017
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